Home ModeFashion WeekJitrois Printemps-Été 2026 : le cuir comme ligne de fuite

Jitrois Printemps-Été 2026 : le cuir comme ligne de fuite

by pascal iakovou
0 comments

La route, chez Jitrois, n’est jamais un décor. Elle est un état intérieur. Une tension continue entre ce qui contraint et ce qui libère. Pour le printemps-été 2026, Jean-Claude Jitrois poursuit ce mouvement ancien, presque obstiné, qui traverse toute son œuvre : faire du cuir non pas une armure, mais une seconde peau capable de dire le désir, la fuite, l’insoumission.

La collection se déploie comme un road movie mental. Trois références cinématographiques affleurent, sans jamais s’imposer comme citations littérales : Thelma & LouiseThe Doom GenerationLa Dolce Vita. Non pas pour leur iconographie, mais pour ce qu’elles racontent d’un rapport au monde. La fuite comme geste fondateur. L’excès comme nécessité. L’élégance comme vertige. Chez Jitrois, ces récits deviennent matière, coupe, tension.

Les silhouettes sont nettes, parfois tranchantes. Mini-robes sculptées, vestes biker graphiques, jeux de transparence calculés. Rien de décoratif. Tout est affaire de lignes, de courbes maîtrisées, d’un rapport frontal au corps. La femme Jitrois ne se protège pas : elle s’expose, mais selon ses propres règles. Le cuir stretch — signature historique de la Maison — épouse les mouvements sans jamais les contraindre. Il accompagne. Il prolonge.

Ce cuir-là n’est pas un symbole abstrait de pouvoir ou de provocation. Il est un savoir-faire précis, presque scientifique. Agneau plongé pleine fleur, travaillé pour conserver souplesse et éclat, finitions pensées pour durer au-delà de la saison. Les broderies, discrètes mais présentes, fonctionnent comme des tatouages : elles marquent sans alourdir, elles racontent sans expliquer. Tout ici relève d’un équilibre délicat entre maîtrise technique et tension sensuelle.

La palette chromatique suit ce même principe de trajectoire. Noir dense, presque nocturne. Blanc franc, sans nostalgie. Puis des surgissements de couleurs vives — rouge, fuchsia, bleu électrique — qui ne cherchent pas l’effet, mais la rupture. Comme un paysage qui change brusquement après un virage. À cela s’ajoutent des teintes plus minérales, proches de la carnation, rappelant que le vrai point d’ancrage de Jitrois reste le corps, toujours.

Ce qui compte, au fond, ce n’est pas la référence au voyage, mais ce qu’elle permet d’exprimer. Une vision du luxe qui ne cherche ni l’apaisement ni la séduction facile. Une idée de la liberté comme processus, jamais comme destination. Jitrois continue d’avancer hors des itinéraires balisés, fidèle à une cohérence rare dans un paysage souvent tenté par le bruit. Ici, le cuir ne fait pas spectacle. Il trace une ligne. Et invite à la suivre.

Related Articles