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MaXhosa à Paris, offrir la mémoire au présent

by pascal iakovou
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Le geste n’est pas spectaculaire. Il est solennel. Présenter une collection comme une offrande suppose de ralentir, d’accepter que le vêtement porte autre chose que la saison. Avec Izipho Zabadala — Gifts for the Ancestors — MAXHOSA AFRICA choisit Paris non comme une vitrine, mais comme un lieu de passage. Le samedi 4 octobre 2025, la maison défilera au calendrier officiel de la Paris Fashion Week, seule marque basée sur le continent africain accréditée par la Fédération de la Haute Couture et de la Mode.

Le titre de la collection dit déjà beaucoup. Izipho Zabadala n’est pas un slogan, mais une adresse. Dans la culture xhosa, l’ancêtre n’est pas une figure abstraite : il observe, protège, transmet. Imaginer des vêtements comme des présents destinés à ceux qui ont précédé, c’est renverser la logique habituelle de la mode. On ne crée plus pour capter l’attention, mais pour honorer une continuité. Chaque pièce devient à la fois mémoire et projection.

Pour Laduma Ngxokolo, fondateur et directeur artistique, cette saison marque un point de bascule. Quinze années de création sont ici relues, reprises, réinterprétées. Non pas sous forme d’archives figées, mais comme une constellation de gestes qui ont compté. Les silhouettes les plus marquantes de la maison — celles qui ont rencontré un écho public, critique ou culturel — sont retravaillées, affinées, replacées dans une narration plus large. Une rétrospective, mais sans nostalgie.

MaXhosa n’a jamais séparé le vêtement de son origine. Les motifs, souvent géométriques, puisent dans les langages visuels xhosas, mais refusent l’illustration littérale. Ils avancent par abstraction, par rythme, par couleur. Le tricot, signature de la maison depuis ses débuts, reste central : un médium lent, exigeant, qui impose le temps long et la précision du geste. Ici, il devient presque cérémoniel, pensé pour « orner » autant que pour couvrir.

Être aujourd’hui à Paris pour une quatrième saison consécutive n’est pas anodin. Dans un système qui pousse à l’uniformisation, MaXhosa maintient une voix distincte, ancrée, sans jamais se refermer sur elle-même. La collection printemps-été 2026 ne cherche pas à répondre aux tendances globales. Elle affirme autre chose : qu’une maison peut dialoguer avec le monde tout en restant fidèle à une grammaire culturelle précise.

Izipho Zabadala se présente ainsi comme un moment de synthèse. Un passage de relais entre générations. Une manière de rappeler que le luxe, lorsqu’il est sincère, ne consiste pas à produire plus, mais à signifier mieux. À Paris, MaXhosa n’apporte pas une promesse exotique. Elle apporte une mémoire active, offerte au présent, et confiée à l’avenir.

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