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Japon : six sanctuaires naturels pour explorer l’archipel autrement

by pascal iakovou
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Réduire le Japon à ses néons de Shibuya et à ses temples vermillon de Kyoto revient à ne contempler qu’une fraction de son âme. L’archipel recèle des territoires sauvages d’une beauté saisissante, où forêts millénaires, volcans assoupis et côtes sculptées par les éléments composent un répertoire de paysages aussi variés que les quatre saisons qui rythment la vie japonaise. Pour le voyageur en quête d’authenticité et de grands espaces, voici six destinations qui révèlent un Japon secret, celui des alpinistes contemplatives, des géoparcs préservés et des panoramas classés trésors nationaux.

Nichée à plus de 1 500 mètres d’altitude au cœur des Alpes japonaises, la vallée de Kamikochi incarne l’essence même du sanctuaire naturel nippon. Intégrée au parc national de Chubu Sangaku dans la préfecture de Nagano, cette enclave de 15 kilomètres le long de la rivière Azusa aux eaux turquoise n’autorise aucun véhicule privé depuis 1994 — une mesure radicale de préservation qui en fait l’un des derniers refuges où la nature dicte encore ses règles. Le pont emblématique Kappabashi, dont le nom évoque les créatures aquatiques du folklore japonais, offre une perspective vertigineuse sur la chaîne de montagnes Hotaka, dont certains sommets culminent au-delà de 3 000 mètres. Le prêtre bouddhiste Banryu fut le premier à atteindre ces pics au début du XIXe siècle, avant que l’alpiniste britannique Walter Weston ne popularise la région auprès des aventuriers occidentaux. Ouverte uniquement de mi-avril à mi-novembre, Kamikochi se mérite : depuis Tokyo, il faut compter plusieurs heures de train jusqu’à Matsumoto, puis emprunter la ligne Alpico jusqu’à Shin-Shimashima avant de monter dans les navettes qui serpentent vers la vallée.

Au large de la préfecture de Shimane, les îles Oki composent un archipel de 180 îlots dont seuls quatre restent habités. Classées parmi les géoparcs mondiaux de l’UNESCO, ces terres volcaniques surgies de la mer du Japon offrent un spectacle géologique rare : falaises abruptes sculptées par l’érosion, criques aux eaux cristallines et formations rocheuses spectaculaires. Le rocher Rôsoku, surnommé « l’île bougie », offre au coucher du soleil un phénomène optique saisissant lorsque l’astre semble se poser exactement sur son sommet effilé. Sur Nishinoshima, deuxième île de l’archipel par sa superficie, les sentiers côtiers de Kuniga traversent des paysages restés intacts depuis des siècles. L’accès s’effectue en ferry depuis Matsue ou Sakaiminato, ou par vol intérieur depuis Osaka et Izumo — un relatif isolement qui préserve ces terres de la surfréquentation touristique.

À cheval entre les préfectures d’Aomori et d’Akita, Shirakami Sanchi — littéralement « les Montagnes du Dieu Blanc » — abrite la plus vaste forêt vierge de hêtres d’Asie de l’Est. Inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1993, cette étendue sauvage de 130 000 hectares constitue l’un des derniers vestiges des forêts tempérées qui couvraient jadis le nord du Japon. Certains arbres affichent plus de quatre siècles d’existence, leurs troncs fins et verts dressés au-dessus de vallées où cascades et lacs se succèdent. Les chutes d’Anmon, composées de trois cascades étagées atteignant respectivement 26, 37 et 42 mètres de hauteur, représentent l’attraction majeure du site. L’étang Aoike fascine par son bleu intense et changeant selon les conditions atmosphériques. Le pic noir et le serow japonais — un cervidé endémique — peuplent ces forêts dont le cœur patrimonial, environ 17 000 hectares, nécessite une autorisation préalable pour être visité.

Sur la côte de la préfecture de Kyoto, Amanohashidate étire ses 3,6 kilomètres de sable recouvert de pins à travers la baie de Miyazu. Ce tombolo naturel figure parmi les « trois vues les plus célèbres du Japon » (Nihon Sankei), un classement établi au XVIIe siècle par le lettré Hayashi Gahō. La tradition locale veut que l’on observe ce paysage en se penchant en avant, tête entre les jambes, depuis les belvédères du parc Kasamatsu ou d’Amanohashidate View Land : cette technique dite « mata-nozoki » transforme la bande de sable en pont céleste suspendu entre ciel et mer. Parcourir la pinède à pied ou à vélo permet d’apprécier la sérénité des lieux, tandis que des croisières offrent une perspective maritime sur ce phénomène géologique unique. Le Hashidate Limited Express relie Kyoto à la gare locale en quelques heures.

Dans la préfecture de Miyagi, la baie de Matsushima rassemble quelque 260 îlots couverts de pins noirs japonais, formant un tableau si parfait que le maître de haïku Matsuo Bashō, lors de son célèbre voyage relaté dans « Oku no Hosomichi » (1689), aurait renoncé à le décrire par les mots. Cette baie constitue elle aussi l’un des Nihon Sankei. Des croisières permettent de naviguer entre les îles, dont certaines sont accessibles par des ponts vermillon. Le temple Zuiganji, fondé au IXe siècle et reconstruit au XVIIe par le puissant seigneur Date Masamune, incarne la dimension spirituelle de ce paysage marin. Depuis Tokyo, un trajet en Shinkansen jusqu’à Sendai puis un train local permettent d’atteindre cette merveille en quelques heures.

Le parc national de Daisetsuzan, au centre de l’île d’Hokkaido, représente la plus vaste étendue sauvage du Japon avec ses 2 200 kilomètres carrés. Le peuple autochtone des Aïnous le nomme « Kamui Mintara », le terrain de jeu des dieux — une appellation qui traduit le caractère sacré attribué à ces terres volcaniques ponctuées de lacs et de sources thermales. Le mont Asahidake, point culminant de l’île à 2 291 mètres, offre des panoramas spectaculaires accessibles par téléphérique depuis la station thermale d’Asahidake Onsen. La biodiversité exceptionnelle du parc comprend des espèces de plantes alpines et de papillons endémiques. Le rafting sur la rivière Ishikari et les bains dans les onsen au pied des volcans complètent l’expérience. La location d’un véhicule s’avère indispensable pour explorer ces territoires où les transports publics restent limités.

Ces six destinations dessinent un itinéraire pour voyageurs exigeants, ceux qui cherchent dans le voyage une confrontation avec l’immensité plutôt qu’une succession de clichés instagrammables. Le Japon naturel exige du temps, de la préparation et parfois une certaine endurance — mais il récompense généreusement ceux qui acceptent de sortir des sentiers balisés du tourisme de masse.

Informations pratiques

Office national du tourisme japonais : www.japan.travel/fr
Japan Rail Pass recommandé pour les trajets longue distance
Périodes optimales : printemps (avril-mai) et automne (octobre-novembre)

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