Home ModeRedcarpetL’Horlogerie et la Joaillerie aux Critics Choice Awards 2026 : Discrétion et Pérennité

L’Horlogerie et la Joaillerie aux Critics Choice Awards 2026 : Discrétion et Pérennité

by pascal iakovou
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Le 4 janvier 2026, au Barker Hangar de Santa Monica, la 31e édition des Critics Choice Awards a réuni l’industrie cinématographique dans une configuration moins clinquante que celle des Golden Globes, mais révélatrice d’une autre approche du rapport entre luxe et cinéma. Là où Beverly Hills privilégie l’éclat, Santa Monica laisse place à une forme de retenue. Les choix horlogers et joailliers de cette soirée dessinent une cartographie des préférences actuelles des acteurs et de leurs stylistes.

Adam Brody, nommé pour son rôle, portait une Reverso Tribute Monoface « Or Deco » de Manufacture Jaeger-LeCoultre. Boîtier en or rose 18 carats, bracelet milanais, cadran grainé : la pièce puise dans l’esthétique Art déco tout en affirmant une contemporanéité discrète. Le choix d’une Reverso — modèle emblématique conçu en 1931 pour les joueurs de polo britanniques en Inde — n’est jamais anodin. Il témoigne d’une connaissance de l’histoire horlogère et d’une volonté d’éviter les codes trop attendus du tapis rouge. Le bracelet milanais, technique d’entrelacement de mailles métalliques, ajoute une fluidité au poignet tout en conservant la rigueur formelle de l’or.

Maison Boucheron, de son côté, a paré sept personnalités : Jessie Buckley, Keri Russell, Justine Lupe, Inga Ibsdotter Lilleaas, Emilia Jones, Ashley Walters et Ludwig Göransson. Cette présence multiple révèle une stratégie de placement différente de celle de Jaeger-LeCoultre. Là où l’horlogerie mise sur la rareté d’une pièce portée par un seul acteur nommé, la joaillerie joue la multiplication des apparitions. Sept créations, sept personnalités, sept façons d’incarner le vocabulaire plastique de Boucheron — la Maison fondée en 1858 place Vendôme, pionnière de la joaillerie moderne avec ses créations sans sertissure apparente et ses courbes organiques inspirées de la nature.

Du côté de la mode masculine, Maison Dior a habillé trois acteurs confirmés : Leonardo DiCaprio en costume de laine marron associé à une chemise de soie ton sur ton, Ike Barinholtz en smoking à col châle avec chemise bleu clair et cravate rayée jaune, Stellan Skarsgård en croisé kaki. Ces choix vestimentaires traduisent une approche moins uniforme que celle souvent observée lors des grandes cérémonies. Le croisé kaki de Skarsgård, notamment, rompt avec le noir attendu et réintroduit une couleur qui évoque davantage le vestiaire civil que le dress code hollywoodien.

Kristen Bell portait une création Elie Saab issue de la collection Resort 2026 Prêt-À-Porter : robe noire à col halter agrémentée d’insertions en dentelle. La Maison libanaise, installée à Paris depuis 1997, cultive un langage formel fondé sur la dentelle, la broderie et une certaine idée de la féminité architecturée. Le choix d’une pièce Resort — collection intermédiaire conçue pour une clientèle internationale voyageant entre les saisons — indique une connaissance précise du calendrier des collections et une volonté d’anticiper les tendances plutôt que de suivre celles déjà visibles lors des défilés Haute Couture.

Chase Infiniti a opté pour des escarpins « Sali Pump in Black Satin » de Brandon Blackwood, Maison new-yorkaise d’accessoires et de prêt-à-porter fondée récemment. Le prix public de 285 dollars situe cette pièce dans un segment accessible, loin des souliers sur-mesure italiens ou parisiens habituellement privilégiés lors des grands tapis rouges. Ce choix reflète une mutation en cours : l’émergence de marques américaines contemporaines qui revendiquent une identité locale, une facture précise et une distribution maîtrisée, sans passer par les codes européens historiques du luxe.

Les Critics Choice Awards révèlent ainsi une segmentation du marché du tapis rouge. D’un côté, les maisons historiques (Jaeger-LeCoultre, Boucheron, Dior) continuent d’incarner une certaine idée de la pérennité et du savoir-faire transmis. De l’autre, des créateurs contemporains (Brandon Blackwood, Elie Saab) proposent un vocabulaire plastique différent, moins ancré dans l’héritage européen, plus ouvert à des influences multiples et à des prix variables.

Cette diversité traduit une évolution du rapport entre cinéma et luxe. Là où les années 1950-1990 voyaient les studios imposer des partenariats exclusifs avec quelques maisons seulement, les acteurs et leurs stylistes disposent aujourd’hui d’une autonomie accrue. Le tapis rouge devient un espace de négociation esthétique où cohabitent des logiques contradictoires : la recherche de visibilité pour les marques, la volonté d’affirmation personnelle pour les acteurs, et l’impératif de cohérence avec le rôle et la cérémonie.

Santa Monica, moins exposée médiatiquement que Beverly Hills, offre précisément ce terrain d’expérimentation. Les Critics Choice Awards ne génèrent pas le même flux d’images que les Golden Globes ou les Oscars. Cette moindre exposition permet des choix moins calibrés, plus personnels. La Reverso d’Adam Brody, les escarpins Brandon Blackwood de Chase Infiniti : autant de signes d’une liberté retrouvée face aux injonctions de visibilité maximale.

SANTA MONICA, CALIFORNIA – JANUARY 04: Adam Brody attends the 31st Annual Critics Choice Awards at Barker Hangar on January 04, 2026 in Santa Monica, California. (Photo by Savion Washington/WireImage)

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