l est des objets qui traversent les décennies non pas en luttant contre le temps, mais en l’acceptant comme une composante de leur esthétique. Le 27 janvier prochain, dans l’enceinte feutrée de l’Hôtel The Peninsula Paris, Artcurial Motorcars ne dispersera pas simplement une automobile lors de sa vente « Automobile Legends », mais une capsule temporelle. La Mercedes-Benz 300 SL « Papillon » présentée ce jour-là défie les standards habituels de la collection : jamais restaurée, jamais démontée, elle affiche une condition d’origine absolue, figeant l’air de Paris de 1956 sous une couche de poussière devenue, par la force des choses, historique.
Cette « Gullwing » n’est pas une pièce de musée aseptisée, mais un témoignage technique vibrant. Avec seulement 34 000 kilomètres au compteur, elle conserve sa première peinture Graphit Graü et son intérieur en cuir naturel patiné par les années, sans la moindre intervention cosmétique moderne. Sous le capot, la rigueur germanique s’exprime dans sa configuration la plus radicale : c’est l’un des rares exemplaires acier à avoir été livré avec l’intégralité des options sport réservées habituellement aux 29 mythiques versions en aluminium. Moteur NSL haute performance, jantes à écrou central Rudge, suspensions et ressorts spécifiques : la configuration est celle d’une machine de course habillée en voiture de grand tourisme, l’une des 30 seules livrées neuves en France.
L’histoire de ce châssis relève de la boucle narrative parfaite. Livrée neuve à Paris en 1956 à Claude Foussier, importateur Coca-Cola et athlète olympique, elle change de mains en 1961 pour rejoindre le garage de Jean Piger, qui la conservera plus d’un demi-siècle. Après une parenthèse allemande où elle fut traitée comme une œuvre d’art intouchable, la voiture est revenue récemment à Paris. Le hasard, parfois romanesque, a voulu que son détenteur actuel réside à la même adresse que son tout premier propriétaire. Soixante-dix ans plus tard, la 300 SL a retrouvé le garage exact de ses premiers tours de roue, bouclant un cycle de provenance d’une rareté absolue.
Ce « monument », comme le qualifie la maison de vente, s’adresse moins aux conducteurs du dimanche qu’aux puristes de la Preservation Class. Dans un marché où la sur-restauration efface souvent l’âme des véhicules, cet exemplaire 100 % d’origine, complet jusqu’à sa trousse à outils et sa valise d’époque, rappelle que le véritable luxe automobile réside parfois dans le refus de toucher à quoi que ce soit.















