Le lieu n’est pas neutre. Une galerie du Palais de Tokyo, blanche, haute, presque clinique. Un espace qui oblige à regarder les corps avant les images. C’est là que BONBOM a choisi de présenter Sur la M, le C, les G, sa collection Été 2026. Premier défilé parisien. Un moment attendu, mais sans emphase. Chez BONBOM, le geste précède toujours l’annonce.
La collection s’organise autour d’une tension volontaire. Entre ce qui tient et ce qui déborde. Le vestiaire dit « de madame » — jupes midi, tweed, perles, broches, blouses fleuries — se charge soudain d’une attitude déplacée. Quelque chose de plus frontal, parfois presque insolent. À l’inverse, des silhouettes marquées par l’imaginaire punk, tatouées, corsetées, exposées, laissent apparaître une forme de retenue morale, presque conservatrice. BONBOM ne joue pas sur le choc, mais sur le glissement. Sur ce moment précis où l’on ne sait plus très bien ce qui relève de la bienséance ou du désir.
Cette ambiguïté traverse tout le travail de Bombom Jo. Elle s’enracine dans une recherche menée depuis plusieurs saisons autour de trois figures : la moto, le cheval, l’humain. La M, le C, les G. Vitesse, contrôle, pulsion. Le cuir et le métal deviennent des langages communs. Harnais équestres, équipements de biker, accessoires fétichistes : mêmes matériaux, mêmes fonctions, même rapport au corps contraint et exalté à la fois.
La silhouette est centrale. Épaules structurées, taille serrée, cuisses soulignées. Le vêtement agit comme une anatomie augmentée. On sent une fascination précise pour la construction musculaire, pour la manière dont le tissu peut exagérer ce que le corps contient déjà. Le corset et la veste de moto se répondent, non comme symboles, mais comme outils. Tous deux disciplinent. Tous deux donnent de l’assurance. BONBOM ne parle pas de séduction. Il parle de posture.
Certaines questions, posées presque naïvement par le créateur, traversent la collection comme des murmures : sortir acheter de l’eau en manteau ample, sans autre protection que des sous-vêtements. Imaginer une tenue parfaitement sage dissimulant jarretelles ou piercings. Ce ne sont pas des provocations. Ce sont des scènes de vie. Des instants où le vêtement révèle ce que l’on choisit habituellement de cacher.
Présentée dans le cadre de Concept Korea, aux côtés de KIMHĒKIM et RE RHEE, la collection affirme une voix singulière dans le paysage parisien. Moins narrative que physique. Moins démonstrative que précise. BONBOM ne cherche pas à expliquer. Il construit des corps possibles, tendus entre contrôle et abandon. Et laisse le reste au regard.









































