Un lit défait comme horizon mental. Une chambre baignée d’une lumière pâle. Le monde tenu à distance. Pour le printemps–été 2026, Cynthia Merhej choisit de ralentir. La Touriste, présentée à Paris le 5 octobre 2025 par Renaissance Renaissance, ne parle ni de fuite ni d’ailleurs, mais d’un retrait volontaire. Celui qui permet de penser, de respirer, de se reposer.
La question posée est simple, presque désarmante : qu’est-ce qui est désirable aujourd’hui ? Après deux saisons menées à un rythme soutenu, la réponse s’impose comme une évidence intime : le repos. Non pas comme abandon, mais comme luxe discret. La collection explore cet état rare, celui d’un espace privé où l’on peut être seule avec soi-même, loin de l’hyperstimulation contemporaine.
L’inspiration revendiquée est Tracey Emin et son œuvre The Bed. Non pour son aspect provocateur, mais pour ce qu’elle révèle : la beauté fragile du désordre, la vérité d’un corps à l’arrêt. Merhej imagine une femme habitant son propre paysage intérieur. Les vêtements deviennent les témoins de cette intériorité : doux, ajustables, pensés pour accompagner les mouvements lents du corps autant que ses replis.
La palette chromatique est volontairement feutrée. Tons pâles, nuances calmes, couleurs comme délavées par le soleil d’une chambre silencieuse. Les silhouettes sont relâchées mais jamais négligées. Des tailles coulissées, des rubans réglables, des liens que l’on serre ou que l’on laisse filer. Le vêtement se module selon l’humeur, selon l’énergie du moment. Il n’impose rien.
Les codes de Renaissance Renaissance — couture menée par des femmes, pragmatisme élégant — se déploient ici autour des archétypes du repos : pyjamas, nuisettes, sweats. Mais tout est déplacé. Le pyjama devient tenue de jour. La nuisette se transforme en robe ou en manteau ajustable. Le tailleur, en denim lavé, s’assouplit, perd sa raideur, gagne une forme de disponibilité. Un tee-shirt varsity portant l’inscription « Men Not Allowed », en anglais et en arabe, agit comme une balise : celle d’un espace sûr, choisi, protégé.
Un point important, presque silencieux, mérite attention : pour la première fois, la maille est produite au Liban. Un geste qui dépasse la saison. Il affirme une continuité entre création contemporaine et savoir-faire local, et replace la fabrication au cœur du récit. D’autres matières prolongent cette idée de confinement doux : un tissu froissé mêlant polyester et fil métallique évoque des draps chiffonnés, la trace du corps resté trop longtemps immobile.
Le stylisme joue sur la superposition. Des ensembles de survêtement dialoguent avec du tulle délicat. Le privé rencontre le public. Le rêve affleure le réel. Aux pieds, des babies vernies, crème, beige ou noires, introduisent une étrangeté légère, presque enfantine, qui empêche toute lecture trop sérieuse.
La Touriste ne célèbre ni le mouvement ni l’excès. Elle propose autre chose, plus rare aujourd’hui : l’aspiration à l’immobilité choisie. Une garde-robe interchangeable, pensée pour la liberté du porteur, qui rappelle que le luxe le plus contemporain pourrait bien être celui de simplement être là.




















