Home Art de vivreParis Luxury Days 2026, chez Artcurial : quand le temps long reprend ses droits

Paris Luxury Days 2026, chez Artcurial : quand le temps long reprend ses droits

by pascal iakovou
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Un silence particulier flotte toujours dans les salons de l’Hôtel Marcel Dassault, au rond-point des Champs-Élysées. Un silence feutré, presque académique, où les objets semblent attendre qu’on les regarde autrement. Les 13 et 14 janvier 2026, ce silence prendra une forme nouvelle avec les Paris Luxury Days, une session de ventes que Artcurial inaugure comme on pose une ponctuation réfléchie dans son calendrier : sans fracas, mais avec intention.

L’initiative n’est pas anodine. En choisissant de réunir horlogerie de collection et joaillerie sous une même bannière, Artcurial ne cherche pas l’effet catalogue. Il s’agit plutôt de réaffirmer une idée simple : le luxe se comprend mieux lorsqu’on le replace dans une continuité de gestes, de savoir-faire et de transmission. Le lieu lui-même — l’Hôtel Marcel Dassault — agit comme un rappel discret de cette permanence, loin de la volatilité des tendances.

Le premier jour est consacré au temps mécanique. Pas celui qui s’affiche, mais celui qui se construit. Un chronographe à calendrier perpétuel signé Patek Philippe, référence 3970, dialogue ici avec une Rolex Sea-Dweller « Comex » de la fin des années 1970, montre-outil pensée pour la plongée professionnelle avant d’être élevée au rang d’icône de collection. Deux visions opposées, mais complémentaires, d’une même exigence : mesurer le monde avec précision, qu’il s’agisse du ciel astronomique ou des profondeurs marines. À côté, des pièces plus discrètes rappellent que l’horlogerie féminine n’a jamais été un simple dérivé décoratif. Une Jaeger-LeCoultre Art déco en platine, émail et diamants, ou encore une montre ayant appartenu à l’épouse d’André Chaumeix, racontent une autre histoire du temps, plus intime, mais tout aussi construite.

Le lendemain, la joaillerie prend le relais. Là encore, le propos dépasse l’accumulation de carats. Une bague Harry Winston sertie d’un diamant de type IIa, une création Graff autour d’un Fancy Yellow de près de onze carats, ou un collier Chaumet des années 1950 formé d’une rivière de diamants demi-taille, dessinent une cartographie précise de la haute joaillerie du XXᵉ siècle à aujourd’hui. Plus inattendue, la présence d’une parure en quartz fumé ayant appartenu à la duchesse d’Angoulême rappelle que la valeur d’un bijou ne réside pas uniquement dans la rareté de la pierre, mais aussi dans la charge historique qu’il porte.

Ce que proposent ces Paris Luxury Days, au fond, c’est une lecture ralentie du luxe. Une invitation à considérer chaque objet comme un fragment de temps cristallisé, plutôt que comme un actif à faire circuler. Dans un marché souvent pressé de commenter ses propres records, Artcurial choisit ici une autre posture : celle de l’observation, presque muséale, sans renoncer à l’acte de transmission qu’est la vente aux enchères. Cela compte, précisément maintenant, parce que le luxe n’a jamais autant eu besoin qu’on le regarde pour ce qu’il est vraiment : une culture du temps long.

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