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agnès b., été 2026 — toute une histoire

by pascal iakovou
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Une silhouette avance pieds nus sur fond noir. Elle tient quelques fleurs, presque maladroitement. Rien ne semble vouloir séduire. Tout semble vouloir durer. Chez agnès b., l’été 2026 ne s’ouvre pas comme une collection, mais comme un récit déjà ancien, repris là où il n’a jamais cessé.

Agnès Troublé n’a jamais pensé la mode comme une rupture spectaculaire. Ce qu’elle propose aujourd’hui relève plutôt d’un retour attentif sur ce qui fonde son geste depuis les débuts : le toucher avant l’image, le corps avant le style, la vie avant la silhouette. Le communiqué parle d’un voyage dans l’histoire de son stylisme ; il faudrait plutôt y voir une circulation. Rien n’est figé, tout se transforme, par déplacements successifs.

Tout commence par le tissu. Il doit être doux, mais franc. Précis sans être raide. Les vêtements sont dessinés à plat, presque techniquement, puis longuement éprouvés sur le corps. Agnès b. a toujours essayé elle-même ses pièces. Non par narcissisme, mais par méthode. Lever les bras, courir, enlacer, déjeuner. Un vêtement doit accepter ces gestes ordinaires. Les poches, omniprésentes, ne sont pas décoratives : elles donnent une contenance, une utilité, une présence au monde .

Ce vestiaire ne s’invente jamais ex nihilo. Il convoque des formes déjà vues : vêtements de travail, habits de ferme, uniformes, silhouettes croisées dans des films ou des tableaux. Ce sont des biens culturels partagés, qu’Agnès b. réactive par de légers décalages. Une toile modeste devient précieuse. Une maille de dessous passe au-dessus. Une matière sportive se traite en coupé-couture. Les révolutions sont calmes, presque polies, mais réelles.

L’été 2026 assume pleinement cette logique de « pas de côté ». Les dessins d’archives dialoguent avec des pièces récentes. Les années se superposent sans hiérarchie : 1975, 1989, 2003, 2024. Le vêtement n’est plus daté, il est situé. Il porte une mémoire, mais reste ouvert à l’usage présent.

Autour de la collection gravitent d’autres récits. Celui des artistes, d’abord, dont les œuvres ont souvent nourri les imprimés et l’imaginaire de la maison. Celui des objets trouvés ensuite, bijoux composés de pierres, de fragments, de chaînes imaginées avec Constance Maure, souvenirs d’enfance devenus parures. Celui du parfum enfin, retour discret mais significatif : un flacon simple, dessiné pour durer, composé avec le parfumeur Isaac Sinclair, porté « comme un vêtement fétiche ».

Il y a aussi l’engagement, jamais séparé du reste. La goélette Tara, laboratoire flottant dédié à la recherche océanographique, continue de tracer sa route. L’exposition Humanité, présentée à La Fab’ jusqu’au printemps 2026, donne à voir la collection d’art d’agnès b. comme une interrogation sur ce qui nous relie. Rien n’est annexé. Tout fait système.

L’été 2026 ne cherche pas à imposer une image. Il propose une continuité. Une manière d’habiter les vêtements comme on habite une histoire commune : librement, sans emphase, avec cette forme de tendresse rigoureuse qui, depuis plus de cinquante ans, constitue la signature la plus constante d’agnès b.

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