Home ModeFashion WeekVaishali S : la fracture sublimée ou l’entrée dans le prêt-à-porter

Vaishali S : la fracture sublimée ou l’entrée dans le prêt-à-porter

by pascal iakovou
0 comments

Il est d’usage, dans la mode, de masquer l’accident, de lisser l’imperfection pour atteindre une symétrie artificielle. Vaishali S prend le parti inverse. Pour sa première incursion dans le prêt-à-porter avec la collection Printemps-Été 2026, la créatrice indienne, habituée des podiums de la Haute Couture, invoque la philosophie du Kintsugi. Mais là où la tradition japonaise répare la céramique avec de l’or, Vaishali Shadangule applique ce principe de résilience à la biologie marine : la coquille brisée, roulée par les marées, qui ne tire sa beauté que de son érosion.

Ce passage de la Couture au prêt-à-porter (« Ready-to-Wear ») n’est pas ici une simplification commerciale, mais une traduction linguistique. La grammaire complexe de la maison, connue pour ses structures architecturales quasi-vivantes, s’adapte à la fluidité du quotidien. La technique signature du « cording » (cordage), qui servait autrefois à créer des volumes dramatiques, devient ici un trait de crayon textile. Elle court le long des silhouettes comme une nervure, dessinant les spirales intérieures d’un coquillage ou la rigidité protectrice d’une carapace, offrant un équilibre subtil entre l’armure et le drapé.

L’ancrage de la collection reste profondément lié à la main. Dans un monde de production industrielle, Vaishali S maintient l’exigence du tissage manuel. Les soies de Murshidabad et les cotons délicats ne sont pas de simples surfaces ; ils portent la « mémoire des mains » qui les ont façonnés. Ces matières, travaillées pour être superposées, évoquent la transparence de l’eau et la texture du sable lavé. Le vêtement n’est plus un costume de représentation, mais une seconde peau respirante, capable de suivre le mouvement des corps urbains du matin au soir.

La palette chromatique, enfin, refuse la facilité des teintes « tendance » pour explorer un nuancier organique : ivoire perlé, rouge vibrant, gris oxydé et ces bleus mélancoliques des grandes profondeurs. Les broderies, traitées comme des sédiments ou des fragments de nacre, ponctuent les pièces d’une préciosité discrète. Avec « Kintsugi », Vaishali S ne propose pas seulement des vêtements ; elle offre une réflexion sur la vulnérabilité acceptée. Elle rappelle que ce qui a été brisé — ou porté — possède une âme que le neuf ne saurait imiter.

Related Articles