Home VoyagesRosewood Courchevel Le Jardin Alpin : le nouveau manifeste du luxe alpin contemporain

Rosewood Courchevel Le Jardin Alpin : le nouveau manifeste du luxe alpin contemporain

by pascal iakovou
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À 1850 mètres d’altitude, au cœur du Jardin Alpin de Courchevel, Rosewood Hotel Group inaugure sa première adresse dédiée au ski. Cette ouverture positionne la maison dans le segment encore peu investi par les groupes hôteliers ultra-premium : celui de la montagne comme destination à part entière, et non comme simple extension saisonnière. Après l’Hôtel de Crillon à Paris, cette implantation marque la volonté de Rosewood d’ancrer sa présence en France dans des lieux où l’hospitalité se conjugue à un territoire identifiable — la capitale d’un côté, la station savoyarde de l’autre.

Tristan Auer : matières et mise en scène

Le projet intérieur repose sur Tristan Auer, architecte d’intérieur formé chez Christian Liaigre puis Philippe Starck avant de fonder son studio en 2002. L’homme compte déjà à son actif le Crillon, Les Bains à Paris, Cotton House à Moustique — des adresses où la scénographie prime sur la déclinaison de codes préétablis. À Courchevel, il intervient sur l’essentiel de l’établissement : lobby, 51 chambres et suites, deux des trois appartements signature, le restaurant SALTO, le spa Asaya. L’exception notable : l’Appartement Jardin Alpin, le plus vaste des trois, confié aux architectes français Karl Fournier et Olivier Marty du Studio KO.

Le vocabulaire matériel choisi par Auer s’articule autour du bois, de la pierre, du cuivre en accentuation, et de dispositifs miroités qui démultiplient la lumière et les volumes. Cette approche — des surfaces réfléchissantes insérées dans un cadre montagnard — vise à ouvrir l’espace sans recourir à l’agrandissement physique. Le designer parle de « chalet privé » plutôt que d’hôtel traditionnel, une manière de souligner l’échelle domestique recherchée malgré les 51 clés. Cheminées, terrasses exposées plein sud sur la Saulire, jeu de cadrages : le projet mise sur l’alternance entre intimité feutrée et ouverture panoramique.

Olafur Eliasson : cristaux et réflexions infinies

L’intervention artistique principale prend la forme d’une installation d’Olafur Eliasson, artiste danois-islandais reconnu pour ses explorations de la lumière, de la géométrie et de la perception. Two harmonious yet different crystals sharing views and reflection suspend deux structures cristallines au sein d’un dispositif de plafonds et murs entièrement miroités. L’œuvre génère une illusion d’infini par démultiplication — un effet de vertige optique qui dialogue avec la blancheur hivernale extérieure. Cette pièce, installée dans un espace de passage central, inscrit l’adresse dans une démarche où l’art contemporain fonctionne comme ponctuation visuelle et intellectuelle.

Trois appartements signature, quatre chambres pour le principal

L’Appartement Jardin Alpin — celui signé Studio KO — déploie quatre chambres, une entrée privative par ascenseur dédié, une salle de cinéma, une cuisine équipée et des terrasses dominant la Saulire. La table intérieure accueille douze convives, une échelle qui indique clairement la vocation familiale ou groupée de l’espace. Les deux autres appartements, conçus par Tristan Auer, offrent respectivement deux et trois chambres avec terrasses panoramiques et chambres communicantes au besoin. Ces résidences privées permettent d’accueillir jusqu’à huit personnes, une capacité qui positionne l’établissement sur le segment des séjours longs ou multigénérationnels, là où le chalet loué en station classique montre ses limites logistiques.

Ski concierge : premières traces et dîners d’altitude

Le service ski se structure autour d’une équipe de Ski Concierges chargés d’orchestrer itinéraires et activités. L’accès ski-in/ski-out — entrée et sortie directes sur les pistes depuis l’établissement — évite les transferts navettes. Parmi les propositions : le First & Last Track, qui permet de tracer seul ou en petit groupe aux premières ou dernières lueurs, et le dîner privé en altitude avec feu d’artifice. Ces services relèvent d’une logique d’exclusivité temporelle plutôt que spatiale : il ne s’agit pas tant de privatiser un domaine que de privatiser un instant — l’aube, le crépuscule, le sommet désert.

Asaya Spa : protocoles EviDenS de Beauté et Sodashi

Le spa Asaya, concept intégré de bien-être de Rosewood, s’associe aux maisons EviDenS de Beauté (française, positionnée sur les actifs japonais) et Sodashi (australienne, approche holistique). Le protocole Ski Legs Revival Treatment combine cryothérapie, bottes à jets d’air et huiles aromatiques en 60 minutes pour traiter la sollicitation musculaire post-ski. La cérémonie Oxylight 3D Radiance enchaîne microdermabrasion diamant, infusion d’oxygène, ultrasons et LED pour répondre aux effets de l’altitude sur la peau. Le programme s’étend au reiki, aux bains sonores, au Mountain Pilates face aux sommets et au Silent Movement en pleine nature — une gamme qui inscrit le bien-être dans une temporalité ralentie, loin de la seule récupération physique immédiate.

Pourquoi Courchevel, pourquoi maintenant

L’entrée de Rosewood dans le secteur montagne intervient alors que le groupe accélère son déploiement européen. En 2025, huit ouvertures sont programmées sur trois continents : Amsterdam (ancien Palais de Justice), Doha (Lusail, « City of the Future »), Mandarina au Mexique, Miyakojima au Japon, les Rosewood Residences Beverly Hills (première offre résidentielle standalone), New World Jinzhou en Chine, et The Chancery Rosewood à Londres. Courchevel s’inscrit dans cette stratégie de « qualité plutôt que quantité » revendiquée par Sonia Cheng, CEO du groupe, propriété de Chow Tai Fook Enterprises.

Le segment du ski ultra-premium connaît depuis trois ans une restructuration. Aman a ouvert Le Mélézin à Courchevel 1850 en 2023, Six Senses a annoncé Crans-Montana pour 2026, Four Seasons consolide Megève. Rosewood, qui compte 44 hôtels dans vingt pays et plus de trente propriétés en développement, choisit Courchevel 1850 — l’échelon le plus élevé de la station française, celui où l’offre immobilière privée et l’hôtellerie cinq-étoiles se concentrent — pour marquer son territoire. La montagne devient ici un secteur à part entière, avec ses codes propres, et non une simple déclinaison d’un modèle urbain transposé.

Ce que cela révèle

Le choix de Tristan Auer, déjà en charge du Crillon parisien, assure une continuité esthétique entre les deux adresses françaises de Rosewood. Mais l’intervention du Studio KO pour l’Appartement Jardin Alpin signale aussi une volonté de diversifier les signatures, de ne pas enfermer l’ensemble dans un style unique. Karl Fournier et Olivier Marty, connus pour leurs projets au Maroc (Yves Saint Laurent Museum à Marrakech) et leur approche contextuelle forte, apportent une lecture architecturale distincte de celle d’Auer.

La présence d’Olafur Eliasson, dont les installations requièrent des budgets et une ambition muséale, indique que Rosewood ne conçoit pas Courchevel comme une simple extension saisonnière. L’investissement artistique — visible, central, permanent — place l’établissement dans une catégorie où l’hôtel assume une fonction culturelle. Cela positionne l’adresse face à des concurrents comme Aman ou Cheval Blanc, qui misent sur l’art et l’architecture comme arguments de différenciation.

Le segment montagne se densifie. Rosewood entre dans la course avec une ouverture en pleine saison 2025-2026, à un moment où la clientèle UHNWI recherche des destinations où l’exclusivité ne repose plus uniquement sur le service mais sur l’accès — aux pistes, aux premières traces, aux espaces privés. L’enjeu pour le groupe sera de démontrer que son modèle « A Sense of Place », pensé pour des destinations urbaines ou balnéaires, fonctionne à l’identique en altitude.


Réservations : rosewoodhotels.com/courchevel.

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