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Rencontre avec Esther Louise Dorhout Mees : La mode fait-elle toujours rêver ?

(Vignette : Stages by Esther Louise Dorhout Mees )

Le bilan de la Fashion Week se traduit sous la forme de classements,  de compilations ou apparaissent les mots hits et flops. Les magazines indiquent les défilés qu’il ne fallait pas rater : Chanel, Thom Browne ou Louis Vuitton. Pourquoi ?  Des décors cinématographiques, des mises en scène théâtrales dans des lieux exceptionnels. « Pour présenter mes collections j’ai besoin de raconter les processus par lesquels je suis passée. Partager avec le public ce que j’ai vécu. J’ai envie que les gens comprennent mon cheminement et qu’ils s’en emparent » Dorhout Mees nous exprime cela en juillet dernier. La jeune créatrice néerlandaise présente alors sa collection Automne/Hiver 2018. Un enchaînement  de silhouettes fluides et légères: une poésie ou Flop et Hit ne trouvent pas leur place.

À l’heure ou les designers migrent de maisons en maisons sans respecter le cours des saisons; à l’heure ou la rentabilité tue la créativité ; la mode peut-elle encore faire rêver ?
La mode peut-elle enchanter sans que cela ne paraisse factice ?
Propice à dépenser du fric?

Esther Louise Dorhout Mees : le Storytelling et la mode

La mode : ça se vit; ça se porte; ça fait parler; ça fait rêver. Parfois ça énerve, parfois ça réconforte. Plus qu’une simple succession de modèles avec des étiquettes de prix, les designers ont rendu manifeste le besoin d’un retour à une mode qui doit inspirer la légèreté. Encore faut-il être capable de raconter des histoires: Esther Louise Dorhout Mees aime les mots, les images, regarder les gens vivre et chercher les contradictions. Elle choisit le format capsule pour sa dernière collection : « cela permet de dire l’histoire de manière différente ».

La pièce clé : le carré blanc. Comme la toile vierge, elle symbolise le départ. Ainsi débute une collection qui se complexifie au fil des modèles : « J’aime chercher les contrastes, que ce soit dans les matières, les structures ou dans les histoires que je raconte ». Après avoir officié dans des maisons comme Tommy Hilfiger, Esther Louise Dorhout Mees lance sa marque en 2010.  Entre Paris et Amsterdam, la créatrice développe des collections qui sont toujours enrichies par un univers d’images.  Une véritable Storyteller. Au regard de ses films, on se dit qu’elle aurait pu être scénariste d’un film sur la Belle Époque, ou d’un Coppola. Un film ou la fragilité poétique ne s’écrase pas sous une niaiserie trop pink. Ce n’est pas pour rien qu’elle remporte en 2017 le prix « Best Director » au International Fashion film award pour Orphic

« Les détails, les mouvements, les émotions: c’est le plus stimulant quand on raconte une histoire »

La vulnérabilité : un pouvoir trop ignoré

La vulnérabilité c’est un grand pouvoir, une force. Si les représentations du pouvoir ne sont pas distribuées de la même façon entre les hommes et les femmes, ce n’est pas un handicap. Selon Esther Louise Dorhout Mees « Il faut s’en emparer. «  Je pense que beaucoup de femmes ressentent à un moment ou une autre de la vulnérabilité. Elles doivent en être fière. C’est quelque chose que je voulais dire avec cette collection. » Les oiseaux, le tulle et les motifs floraux révèlent toutes les contradictions d’une apparente fragilité, qui aux lueurs des spots prend toute son envergure. Des robes toutes en transparences, géométriques et organiques .

Le tulle vient décorer des pièces ordinairebrement sobres. Dorhout nous rappelle que « chaque fleur est magnifique. C’est un motif innocent, mais derrière il y a la notion d’éphémère: les fleurs fanent. » Le temps qui passe : éternelle thématique poétique.

Chiffon et communication

« J’aime les mots : en français leur poids est si important. Je m’applique et me passionne à apprendre cette langue!  »

La place de la mode dans le langage : un thème que l’on aborde. » Les vêtements : la première chose que l’on voit. Le moyen le plus puissant de communiquer. Dire qui on est sans prononcer un seul mot » . Les vêtements peuvent être magnifiés sans pour autant appartenir à l’ordre des pièces de musée. Ils prennent sens quand  ils sont en mouvements sur le corps;« ils doivent être portés ». Dorhout veut voir ses vêtements sur les corps des femmes : par parce que cela prouve qu’ils ont étés vendu, NON.  Cela prouve que la symbiose entre elles et d’autres femmes a eu lieue. Cela démontre que les vêtements, à la différence des statues ou des tableaux, ne restent pas statiques Come Together, right now, over me


Plutôt que de lire ses mots, visionnez les films de Dorhout  Mees.

Destinés à accompagner ses collections, voilà qu’ils ont des prix.

« Ce n’était pas le but, mais je suis très honorée ». Elle vit sa passion en restant fidèle à ses émotions. Comme quoi la mode et les gens qui l’animent, fond encore rêver.