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Conversation avec Bastien Vivès autour d’Une Soeur

Une Soeur – Bastien Vivès

Casterman – 20€

http://www.casterman.com/

Antoine, 13 ans, passe une semaine de vacances avec Hélène, 16 ans. Comme un raie de lumière, entre ces deux-là, une relation s’installe. C’est de ça, dont il est question ici. La relation se veut particulière, énigmatique, et forcément troublante… Antoine et Hélène se sentent seuls et se re/trouvent. C’est à la fois fraternel et sensible. Cette « parenthèse enchantée » comme Vivès aime à la nommer, prend naissance dans un cadre bienveillant et sécurisant, mais l’allusion à la pédophilie, l’inceste, se dessine – en creux – trait par trait. L’album provoque et allume des fantasmes jugés inacceptables par la société. Antoine passe son temps à essayer de dessiner Hélène, pour mieux la posséder. Le lecteur se sent piégé, très rapidement, entre ce truc naïf, sans violence, de deux corps qui se croisent et se découvrent, et la dimension transgressive de ces arrêts sur images et gros plans.  Le projet est ambitieux et ça fonctionne. Surprenant.

Elisa Palmer. Qui sont pour vous les personnages principaux de votre livre ?

Bastien Vivès. Hélène et Antoine j’imagine, on pourrait enlever tous les autres , ça ne changerait pas grand-chose.

Elisa Palmer. Quel est le rôle exact du petit frère ? Personnage principal ou secondaire ?

Bastien Vivès. C’est un personnage secondaire qui permet de faire réagir Antoine et Hélène et aussi de rythmer l’histoire, il permet de désamorcer certaines situations ou au contraire frustrer le lecteur en foutant les pieds dans le plat. 

Elisa Palmer. La presse parle d’un nouveau genre, en abordant votre livre, celui du « roman cinématographique » ? Quel est votre sentiment sur ce « rubricage » ?

Bastien Vivès. Je m’en préoccupe pas trop, j’aime bien ce format à forte pagination qui me permet de raconter une histoire de manière plus confortable et en profondeur. Ensuite si ça peut attirer certaines personnes je suis preneur.

Elisa Palmer. Hélène est-elle vraiment intéressée par Antoine ? Est-ce une véritable romance entre cette jeune fille de 16 ans et ce jeune garçon de 13 ans ?

Bastien Vivès. Elle n’est pas amoureuse, mais elle se sent bien… C’est déjà ça. assez pour se détendre, et explorer certaines choses. Je ne sais pas si c’est « réaliste « , je ne pense pas, et je m’en fous un peu… Je ne suis pas là pour raconter la vie de mes voisins, mais pour intriguer et interpeller aussi loufoque que ce soit, du moment qu’on y croit, c’est tout ce qui m’intéresse. 

Elisa Palmer. Vous êtes connu pour « extraire » le lecteur de sa zone de confort, le déstabiliser et lui faire perdre un peu ses appuis, qu’est-ce qui vous motive derrière cela ?

Bastien Vivès. Si c’est bien fait, ça permet d’imprimer mieux l’histoire dans la tête du lecteur. J’ai pas envie qu’on repose mon bouquin en se disant « ah c’était chouette j’ai appris plein de choses »… Au contraire, si la personne peut se questionner par rapport à ce qu’elle a lu, et se faire un avis « personnel » alors c’est gagné.

Elisa Palmer. Pouvez-vous me raconter comment le titre « Une soeur » est né ? A quel moment précisément il vous est apparu comme le tire définitif ?

Bastien Vivès. Très vite. C’est même ce qui a motivé l’album… D’ailleurs je ne suis pas très fort en titre, à la base « Le goût du chlore » devait s’appeler « La piscine » héhé… Donc bon « Une Soeur » pour moi c’était parfait, et ça m’évitait de devoir appuyer sur leur relation frère et sœur fantasmée… Le lecteur a le titre en tête durant toute la lecture, et perçoit toute l’histoire autrement.

Un grand merci à Bastien Vivès pour son temps.

Elisa Palmer

[email protected]